La maison ouvre l'année de Verdun. Cap-Ferrat n'est encore qu'un village de pêcheurs et de jardiniers, posé entre Beaulieu et Villefranche. Le restaurant prend place sur la place principale, en face du marché. Il n'en bougera jamais.
1916 · 2026
Cent dix ans, quatre générations, un seul comptoir. L'histoire d'une table de village qui a vu passer trois républiques, deux guerres, et chaque été depuis la Belle Époque.
La maison ouvre l'année de Verdun. Cap-Ferrat n'est encore qu'un village de pêcheurs et de jardiniers, posé entre Beaulieu et Villefranche. Le restaurant prend place sur la place principale, en face du marché. Il n'en bougera jamais.
La deuxième génération rouvre après la guerre. Le port reprend, les villas se remplissent. Les premières familles d'armateurs reviennent en saison. La salle se redresse, la terrasse s'agrandit. La daube reste sur la carte.
Troisième génération. La maison devient le rendez-vous des résidents secondaires et des équipages qui hivernent à Beaulieu. La pizza s'invite à côté du ragoût de poulpe. Le service continu s'installe — il ne s'arrêtera plus.
Une nouvelle équipe reprend la maison. Pas de table rase : les recettes restent, le comptoir aussi, les habitués comme M. C. retrouvent leur place. Ce qui change : la sélection de la cave, la pêche commandée nominativement au mareyeur de Beaulieu, la précision du dressage.
Quatre générations
On ne reprend pas une maison de 1916 comme on ouvre un restaurant. On en hérite — des fournisseurs, des recettes, des silences, des habitués qui poussent la porte sans s'annoncer. Le travail consiste à ne rien abîmer. À ajouter sans effacer. À ce jour, trois employés de la salle ont connu deux générations de patrons. C'est notre meilleure garantie.
Ma grand-mère y venait dans les années soixante, après son bain à la Passable. Ma mère y a fêté ses soixante ans en 1998 — la grande tablée au fond, sous la fresque. Mes enfants ont mangé leur première bouillabaisse ici en 2017. L'an dernier, j'ai présenté ma fille aînée au patron, qui m'a redit la commande de ma grand-mère sans hésiter : daube, carafe de rosé, café serré.
Mme L. P. · Troisième génération de clientèle, automne 2024
La maison, maintenant
Une brigade resserrée en cuisine. Une salle où l'on connaît les habitués sans leur faire sentir. Une sommellerie discrète mais documentée. La maison ne cherche pas à faire palace — elle fait village. C'est plus exigeant. C'est ce qui fait revenir.